Monoï
Performance au chocolat

Monoï

« Y’a quelqu’un ? A défaut de répondre, la parole se cherche, se défait en onomatopées, glossolalies, écholalies, en cris rageurs et joyeux. Y’a quelqu’un, c’est sûr. Une voix tente de dire, affronte d’autres voix anciennes, ça pulse sexe, ça assone en trous en éructations, en foutre, en chansons sans orthographe, en insultes jubilatoires, en bave métaphysique en flux d’orgasmes différés, en gémissements de moments où ça va venir, où ça ne vient pas, où n’arrivent que des mots qui se défont des interjections, des sommations à l’autre. La grammaire bancale de qui ne peut se retenir de gueuler et convoque toutes les paroles entendues, les archétypes figés de la langue de bois du sexe marchandise et les fait entendre tout à coup autrement, dans la pulsion rythmée de l’équivoque. On est pris dans ce flux qui ne cesse de nous échapper, au plus près de l’essentiel de la parole salopée juste, dans la fragmentation de bouts de langues, de bouts de corps exposées les uns et les autres, d’autant plus subtilement cachés que l’on pourrait croire qu’ils se donnent. » Eugène Durif, dramaturge.

De et par Nadège Prugnard
Mise en œuvre : Bruno Boussagol
Assistante à la mise en scène : Delphine Bayol
Création lumières : Yann Prugnard

Remerciements : Jean-Marc Grangier, Kamel Dekhli, Olivier Crusells, Fabien Harel, Eric Domalain, Vincent Sergent, Eugène Durif et Jean-Louis Hourdin, Etienne Rodde, Sabine Boutiba

Presse

« Nadège Prugnard, entièrement nue, se roule à nos pieds, trépigne de désir, de plaisir et de douleur, halète dans une pénombre où les jeux de lumières, subtils, enveloppent son corps dans un écrin fluorescent. D’opprimés, les dominés deviennent des insoumis. Cela passe par le corps, la langue, une écriture qui ne s’embarrasse pas de concepts, mais qui s’inscrit dans un présent, notre présent jusqu’à le mettre sens dessus dessous. » Marie José Sirach, L’Humanité, 2008

« Au commencement était le Ventre. « Monoï » entrailles de lumière secoué d’orgasmes ! Et le Ventre s’est fait chair(e) ; celle que l’on dévore comme celle dont on gravit les degrés ; celle que l’on monte aussi. Vertige verbal par enjambement, d’où Nadège Prugnard, grande prêtresse blasphématoire a déversé ce flot maculatoire d’invectives, cet immense spasme de submersion séminale et de subversion germinale. Et le Ventre s’est tourné vers nous. Et le Ventre, c’était elle, Il était au commencement tourné vers elle. Tout fut par lui et rien de ce qui fut ne fut sans lui. En lui fut, est, et sera la vie, mortifère éjaculation du vide. Mais alors que la parole Johannique nous dit que le Verbe était la lumière des hommes, Monoï nous crache à la figure son gouffre d’obscurité, son Verbe-Ventre inhabité, infréquentable. Mais elle le crie d’un rire immense et prophétique : elle, qui en appelait à la lumière, les ténèbres l’ont enfin comprise.

Monoï, Papesse Jeanne de l’indicible fureur, indescriptible Notre-Dame des Outrages, se laisse surprendre, mettre à mâle dans une mise en (ob)scène d’une maléfique pureté par Boussagol, noir Frollo, faiseur de pluie, initiateur de troubles merveilles. Juste ce ventre, spasme reptilien où nous introduit Olivier Crusells. Réceptacle du désir feint des mots, fuite furieuse imprécatoire, crucifié d’un froid regard électrique tombé des cintres. Tout Monoï pourrait ainsi se résumer à ce tronc initial, ce quartier de viande androgyne, morceau femelle implorant, éructant, offrant, proférant l’allégresse de son désespoir. Après seulement, il lui vient des jambes avec un triangle d’or aux creux des cuisses ; des bras pour embrasser l’espace vide de son impudeur ; une bouche pour vomir, une autre pour mendier ; encore et toujours, tout recracher ; sa propre chair d’orchidée qui la dévore de l’intérieur. Et toutes ses hontes vampires qu’elle nourrit en son sein, au bas de ses reins. Elle lève les bras, prend la pose, Vénus vénéneuse, obscène callipyge. Elle repousse ses peurs qui lui poussent dans la tête, lui labourent le ventre d’anthropophages convoitises, la dresse debout, triomphante d’invectives. Monoï n’est pas à vendre. Elle s’offre entière ou au détail, avec la grâce d’une vierge, requérante, auto-mutilée par ses propres œuvres. Rituel non pas macabre mais propitiatoire. Provocante célébration du « Leng-Tch’e », ce supplice mandchou des « Cent morceaux » que les décrets des Princes Mongols avalisaient d’un somptueux « respect à ceux-ci ! ». Roland Duclos, La Montagne

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Monoï

Créé en 2003 par Magma Performing Théâtre à la Comédie de Clermont-Ferrand scène nationale.
Avec le soutien du Ministère de la Culture et de la Communication Drac Auvergne, Clermont Communautés, la Ville de Clermont-Ferrand, la Comédie de Clermont-Ferrand – Scène nationale, le Conseil départemental du Puy-de-Dôme, Brut de Béton productions

Crédits photos :  Rémi Boisseau.

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