Il est où mon cœur ?

Accompagnée d’Etienne Rodde, Nadège Prugnard intervient depuis deux ans auprès d’un groupe de sept personnes en situation de handicap mental résidant au foyer Adapei de Tronquières à Aurillac dans le but de créer une proposition artistique autour du sentiment amoureux et de la sexualité.

Ce projet est né de la volonté d’aborder un sujet encore « tabou » : le rapport au sentiment amoureux et à la sexualité des personnes en situation de handicap. La libération de la parole est un enjeu important dans les institutions. Les ateliers d’écriture et de pratique théâtrale guidés par Nadège Prugnard et Etienne Rodde sont le lieu de l’expression libre, de la mise en mots et en gestes des réflexions des résidents.

« Il est où mon coeur » est un projet en création permanente, les participants évoluent et changent au fil des rencontres

Participants actuels : Cindy Condamine, Marie-Ange Brandon, Carine Beffaral, Vincent Puechbroussoux, Christopher Fleys, Aurélien Coussegal et Laurent Marcenac.

Presse

« Des mots à la fois fragiles et crus pour dire l’amour. Cette fois, aux autres, les dits normaux, de dépasser leur handicapante pudeur qui leur renie parfois le droit, la possibilité, le rêve d’une histoire amoureuse, de sentiments et de sexe. Oser, parler, jouer…
« Avec l’amour, on fait une pièce », poétise Laurent. Dans cette pièce qu’ils ont créée sous la direction de Nadège Prugnard de la compagnie Magma Performing et d’Etienne Rodde, éducateur à l’Adapei du Cantal, Marie-Ange, Laurent, Vincent, Aurélien, Karine, Cindy, Christopher déchirent le voile de leur intime.
Sous le handicap mental, la trisomie ou la dépression sévère, ces hommes et ces femmes confient, soufflent, murmurent, crachent ces envies qui les habitent, qui les agitent. Chaque texte, écrit par ces comédiens, le clame haut et fort : « de l’amour, de l’amour encore, de l’amour toujours ».
Une réclamation conforme mot pour mot à celle de tout un chacun. Sauf que pour une majorité, elle est acquise et indiscutable dans sa légitimité quand pour d’autres, différents, on leur refuse même d’y penser. Et s’ils bravent « le défendu », voilà les réactions de certaines personnes censées être normales… : » les gens peuvent se moquer, nous regarder bizarrement, ils n’osent pas s’approcher de nous ». Marie-Ange décrit ainsi le mépris, « dur à vivre » qui peut s’en suivre.
L’amour, la sexualité, un tabou dans certaines familles souvent pour protéger son enfant pas comme les autres. Malaise aussi dans l’institution qui ne sait pas toujours quelle attitude adopter face à des adultes qui ne s’embarrassent pas de bienséance, de pudeur ou de limite. Quitte à se mettre en danger, faute de pouvoir en parler.
Et pourtant, ces comédiens amateurs ont des choses à dire. « L’amour, ça rend heureux ! », s’enchante Marie-Ange. « Si je ne peux pas avoir d’enfant, ce n’est pas la peine que je vive », s’attriste Karine. « Pourquoi on fait l’amour ? […] Parce que l’amour, ça fait du bien », dit Christopher, rêveur.
La question de l’amour « turlupine clairement » les nouvelles générations du foyer d’hébergement de Tronquières. Ce qui a encouragé Etienne Rodde à proposer un atelier théâtre sur cette thématique animé bénévolement par Nadège Prugnard. Tous pareils
Ces séances, qui se sont tenues au foyer ou à Vic-sur-Cère, ont touché les participants. Non seulement elles leur ont permis d’en parler librement, mais ils se sont dépassés.
Sur scène, ils osent dire et jouer. Là où Laurent y va franco, Cindy garde toute sa douceur. Touchant de les voir donner le meilleur, à leur manière et dans la limite de leur handicap. Mieux, ils offrent une leçon de vie. « J’ai des choses à apprendre aux autres », affirme Vincent. Indéniablement.
Nadège Prugnard le reconnait : il a fallu du temps pour les faire sortir de leur petite bulle. Un travail de longue haleine. A coup de réflexion, de dialogue, d’écriture, d’introspection, d’improvisation de deux ans. « Je n’ai pas de méthode pour personne handicapée, alors je travaille avec eux comme avec tous les comédiens », explique la comédienne, auteure, metteuse en scène, qui n’a rien laissé passer des ratés, mais a applaudi avec enthousiasme les réussites. Le trac sera au rendez-vous pour la troupe, vendredi. « Ce n’est pas facile de parler de ça. Est-ce que les gens vont comprendre ? », s’interroge Marie-Ange. Ce spectacle vise à bouger les lignes. Mais, que le public comprenne ou pas, ces comédiens ont le mérite de rappeler qu’au-delà des différences, qui que l’on soit, on fait tous ce que l’on peut de nos vies, avec les moyens qu’on a. »

Chemcha Rabhi – La Montagne 

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Vidéo

Une proposition-chantier de l’expérience artistique « Il est où mon coeur ? » a été proposée le 8 décembre 2017 à Aurillac, lors de laquelle un reportage a été réalisé.

Réalisation de la vidéo : Paul Dufour, Couleur Cantal webtv

Crédits photos :  Adapei du Cantal 2017, Ludovic Laporte, Christian Stavel

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